lundi 30 mars 2015

LES INTERNES FRANÇAIS ET ITALIENS FACE A LA TELERADIOLOGIE

Les internes de radiologie français et italiens ont généralement une opinion favorable quant à la pratique et l'utilisation de la téléradiologie, selon une étude présentée à l’European Congress of Radiologie (ECR) 2015 à Vienne.

 

Même s’ils ont quelques inquiétudes sur les pratiques de la téléradiologie, ils sont persuadés que son utilisation va continuer à augmenter. 73% des internes français et 58% des italiens ont témoigné d’une attitude positive face à la téléradiologie. Les deux groupes sont inquiets, cependant, de ne pas avoir suffisamment de contacts avec les cliniciens, ces derniers ayant peu confiance en la téléradiologie.

 

Les internes en radiologie français ont recours à la téléradiologie à des fins de garde (50%), pour les institutions externes (42%), et dans le cadre du flux de travail à l’hôpital (28%). Les internes italiens, quant à eux, déclarent utiliser la téléradiologie dans le cadre du flux de travail hospitalier (50%), pour obtenir un second avis (26%), pour l'enseignement ou de la recherche (18%), et pour des établissements extérieurs. (13%).


mercredi 25 mars 2015

80 ans, l"âge de transition?

Incapacité, perte de fonctionnalité, morbidité, sont autant de termes utilisés pour décrire la santé des personnes âgées, mais peut-on prendre en charge de la même manière une personne de 71 ans et une personne de 90 ans ?
L'une des façons de s'adapter, et c'est l'objectif de cette étude suédoise, c'est de ne plus considérer les personnes âgées comme un ensemble, mais de chercher à identifier les changements et troubles les plus fréquemment retrouvés aux différents âges, afin d'optimiser les soins et la prise en charge.
Le critère de jugement compare 5 indicateurs: nombre de maladies chroniques, vitesse de marche, test MMS (Mini Mental State), test IADL (Instrumental Activities of Daily Life, activités instrumentales de la vie courante), test PADL (Performance test of Activities of Daily Life, performance des activités de la vie courante).
L'analyse a porté sur 3 080 adultes de plus de 60 ans, entre 2001 et 2004.
Les résultats ont montré que jusqu'à l'âge de 80 ans, la majorité des personnes ne présente pas d'atteinte fonctionnelle ou d'incapacité, malgré la présence de troubles chroniques qui peuvent débuter précocement (dès 60 ans). Les résultats du MMS et de l'IADL montrent une bonne performance cognitive jusqu'à 84ans. La perte d'autonomie devient plus commune seulement après 90 ans en lien avec les résultats du PADL qui sont proches de 0 à 90 ans. Ces résultats ont montré que l'échelle IADL est un bon indicateur d'un début d'atteinte cognitive et que l'échelle PADL est très fortement corrélée à l'apparition d'une démence.
Dans la population de leur étude, la vitesse de marche commence à baisser bien avant la présence d'une incapacité, ce qui confirme que la vitesse de marche peut être considérée comme une mesure de pré-fragilité et utilisé comme un indicateur précoce d'un changement dans l'état de santé des personnes âgées « les plus jeunes. »
Cette étude de population dresse une belle image de l'hétérogénéité que l'on retrouve chez les personnes âgées et des précautions qui doivent être prises pour ne pas standardiser nos prises en charge sur le seul critère « personne âgée ».
En résumé, la majorité des personnes de moins de 90 ans ont un bon état fonctionnel.
Deux phases de transition ont été identifiées :
1/ 81-84 ans, où la prévalence d'un bon état de santé fonctionnel diminue et où la prévalence des polymorbidités et d'une atteinte cognitive augmentent en lien avec l'IADL ;

2/ 84-87 ans, où la prévalence d'atteinte cognitive sévère etles incapacités physiques augmentent graduellement, en corrélation avec le PADL.
La première période semble représenter le passage du 3ème au 4ème âge, et la seconde période le début du 4ème âge.
Cela signifie donc que les besoins médicaux augmentent de 70 à 90 ans, alors que les besoins sociaux et le placement en institut spécialisé ne se font réellement prégnants que pour les âges très avancés.

dimanche 22 mars 2015

Découverte du mécanisme a l'origine de la perte de mémoire liée au vieillissement?


Les pertes de mémoire et les trous de mémoire ne sont pas nécessairement liés à la démence ou la maladie d’Alzheimer, mais peuvent aussi avoir des causes liées au vieillissement. Des scientifiques américains ont utilisé des drosophiles pour en rechercher la raison. 
Selon leurs résultats, qui ont été publiés dans « The Journal of Neuroscience », la cause est la perte de connectivité entre deux ensembles de neurones.
Les chercheurs de l’Institut de recherche Scripps (The Scripps Research Institute, TSRI), à Jupiter en Floride, ont examiné la mémoire olfactive chez la drosophile. Lorsqu’une odeur est associée à un léger choc électrique, les mouches développent en général une mémoire à court terme et à moyen terme ainsi qu’une mémoire à long terme.
En utilisant l’imagerie cellulaire en temps réel pour surveiller les changements dans l’activité des neurones de drosophiles âgées avant et après l’apprentissage, l’équipe a constaté des défauts structurels de connectivité entre deux ensembles de neurones, les neurones médians jumelés dorsaux et les neurones des corps pédonculés. Ces défauts ont empêché la formation de mémoire à long terme.
« Maintenant que nous savons que la perte de mémoire à long terme est un problème de connexion, pour améliorer la mémoire, nous allons devoir songer à des moyens de rétablir ces connexions », a déclaré le directeur de la recherche, Ronald Davis.

vendredi 20 mars 2015

Ni trop long ni trop court le meilleur intervalle entre deux grossesses?

Une courte ou une longue période intergénésique sont communément associés à des grossesses plus difficiles, frappées par des malformations fœtales, des accouchements prématurés, petits poids de naissance et une augmentation de la morbidité maternelle. Ces complications sont souvent le résultat de causes multifactorielles : carences en folates, persistance d'un phénomène inflammatoire, anémie maternelle, dérégulation hormonale des grossesses tardives ou de la période du post-partum.

Toutes les femmes multipares de l'état de l'Ohio ayant accouché d'un enfant sans malformation majeure entre 20 et 42 SA ont été passées au crible des chercheurs durant 6 ans, soit 395 146 naissances. L'intervalle intergénésique est inférieur à 6 mois dans 7, 3 % des cas, entre 6 et 12 mois dans 13,5 % des cas, entre 12 et 24 mois dans 27,5 % des cas, de 24 à 60 mois dans 34,8 % des cas, et de plus de 60 mois dans 16,3 % des cas. Les femmes débutant une nouvelle grossesse moins d'un an après leur accouchement ont plus souvent un faible niveau d'éducation, un faible niveau socio-économique et des soins prénatals insuffisants. Elles sont également plus jeunes, d'une parité plus élevée, ont plus d'antécédents d'accouchements prématurés, sont plus souvent obèses et fumeuses que les femmes qui ont attendu entre un et deux an pour démarrer une nouvelle grossesse.

Délai optimum : un à deux ans

Celles dont l'intervalle intergénésique est long ont plus rarement un faible niveau scolaire et un suivi prénatal insuffisant, mais ont plus de risques obstétricaux tels l'obésité, l'HTA chronique, un diabète pré-existant, et une pré-éclampsie. L'augmentation du taux d'HTA gravidique, de diabète gestationnel et de naissance par césarienne est directement proportionnelle à l'allongement de l'intervalle intergénésique. Les RCIU (retard de croissance intra utérine) sont plus fréquents à la fois dans les intervalles courts et longs, comparés à l'intervalle de un à deux ans qui est celui associé aux plus faible taux d'admissions du nouveau-né en unité de soins intensifs et de tous les autres critères de morbidité néonatale mesurés (ventilation à la naissance, ventilation plus de 6h après la naissance, Apgar ˂ 7 à 5 minutes de vie, utilisation du surfactant.

Après ajustement sur l'âge gestationnel, la morbidité néonatale reste augmentée, jusqu'à 48 % en plus pour les intervalles très courts (˂ 6 mois, odds ratio ajusté 1,48 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,40-1,57) et de 36 % pour les plus long (≥ 60 mois, ORa 1,36 ; IC : 1,30-1,42).

Au final, la meilleur période pour débuter une nouvelle grossesse se situe entre un et deux ans après l'accouchement, ce que font près d'un tiers des femmes (108 626 sur les 395 146 de cette cohorte) ; il reste à repérer les autres pour mieux les conseiller.

mardi 17 mars 2015

LA FNMR ET LE SNRO MANIFESTERONT AUSSI CONTRE LE PROJET DE LOI DE SANTE LE 15 MARS

La Fédération de Nationale des Médecins Radiologues (FNMR) et le Syndicat National de Radiothérapie Oncologique (SNRO) annoncent dans un communiqué se joindre à la manifestation nationale des médecins du 15 mars 2015 contre le projet de loi de santé. 
Alors que la Fédération de l'Hospitalisation Privée (FHP) a annoncé,le 6 mars 2015, qu'elle prendrait part à la manifestation nationale du 15 mars contre le projet de loi de santé, les radiologues et radiothérapeutes se joingnent à leur tour au mouvement.
La Fédération Nationale des Médecins Radiologues (FNMR) et la Société Française de Radiothérapie Oncologique (SFRO) ont fait part, dans un communiqué du 9 mars 2015, de leur intention de participer à cette manifestation. Les médecins radiologues et radiothérapeutes, comme l'ensemble des médecins, s'opposent en effet à un projet qui remet en cause la place de la médecine de ville dans le système de soins et veut organiser le "tout hôpital" et le "tout Etat".
Les médecins radiologues s'opposent à un projet qui, selon la FNMR, veut réserver les équipements d'imagerie en coupe, scanner et IRM, aux hôpitaux publics au détriment de l'accès de tous les patients à l'ensemble des techniques médicales. Les médecins radiologues se mobilisent donc, "aux côtés des internes et des chefs de cliniques, des médecins de toutes les spécialités, des nombreuses autres professions de santé et des cliniques privées, pour que le projet de Loi de santé assure un équilibre entre le secteur public et le secteur libéral et pour que la liberté de choix des patients soit préservée pour une médecine de qualité."
Théma Radiologie
https://www.docndoc.fr/

lundi 16 mars 2015

La consommation de café pourrait prévenir l’obstruction des artères


Les risques et les bienfaits de la consommation de café ont fait l’objet de beaucoup d’études et de débats. Une étude sud-coréenne publiée dans la revue « Heart » lie désormais la consommation d’une certaine quantité de café à un moindre risque d’obstruction des artères et donc de crise cardiaque. 
Des chercheurs de l’hôpital Kangbuk Samsung de Séoul ont examiné 25 138 hommes et femmes (âgés en moyenne de 41 ans), qui ne présentaient aucun signe de cardiopathie. Ils les ont interrogés sur leurs habitudes alimentaires et ont estimé la concentration de calcium dans leurs artères (taux de calcium dans les artères coronaires) par un examen TDM. La consommation moyenne de café était de 1,8 tasse par jour et du calcium a été détecté dans les artères de 13,4 % des participants.
L’équipe a comparé le ratio du taux de calcium dans les artères coronaires entre le groupe qui ne buvait pas de café et les groupes ayant différents niveaux de consommation de café. Le ratio du taux de calcium était de 0,77 pour moins d’une tasse de café par jour, 0,66 pour 1 à 3 tasses par jour et 0,81 pour plus de 5 tasses. Le groupe le moins touché par le taux de calcium était celui qui buvait 3 à 5 tasses de café par jour : leur ratio était de 0,59. 
Selon les auteurs de l’étude, une explication possible à ce lien est qu’une consommation régulière de café réduit le risque de diabète de type 2. Et le diabète est lui un facteur de risque important d’artériosclérose. Boire du café pourrait améliorer la sensibilité à l’insuline ainsi que le fonctionnement des cellules bêta.

vendredi 6 mars 2015

Peut-on laisser ses patients à l'interne sans accord express?



 

"Vous allez voir cela avec mon interne"

L'HISTOIRE
Une patiente de 70 ans téléphone au cabinet de son médecin traitant pour prendre un rendez-vous car elle est atteinte d’une toux persistante et d’un encombrement bronchique. Le secrétariat téléphonique lui propose une consultation le lendemain, ce qui lui convient parfaitement. Elle se présente à l’heure dite et est surprise d’être accueillie par le médecin lui-même, alors que deux personnes sont déjà dans la salle d’attente. Elle commence à lui parler de sa toux, et le médecin lui indique alors qu’aujourd’hui, c’est son stagiaire qui la recevra. Il lui déclare : "Vous allez voir cela avec mon interne". La patiente est assez déconcertée car c’est la première fois que son médecin se fait "remplacer" par quelqu’un d’autre, et elle ne comprend pas bien qui est cette personne et quelle est sa position dans le cabinet…

Sa surprise continue quand elle est reçue par une jeune femme qui lui indique qu'elle est en stage dans le cabinet, et qu’elle va l’examiner. Ses différentes investigations lui font conclure à une bronchite infectieuse, et elle lui prescrit un traitement antibiotique par une pénicilline, ainsi qu’un traitement symptomatique. Elle note sa prescription dans le dossier de la patiente, et demande le règlement des honoraires à l’ordre du titulaire du cabinet. En sortant, la patiente voulait en parler avec celui-ci, mais elle ne l’a pas croisé. Elle se rend à sa pharmacie habituelle et en discute avec la pharmacienne qu’elle connait depuis longtemps. Celle-ci la rassure mais, au moment de délivrer l’antibiotique, remarque qu’il s’agit d’une pénicilline alors qu’elle croit se souvenir que cette cliente y est allergique. La patiente le lui confirme bien volontiers, se rappelant qu’elle a bien failli mourir à cause de cela quelques années auparavant. La pharmacienne rappelle le cabinet et a beaucoup de difficultés à joindre le médecin traitant via le secrétariat téléphonique. Celui-ci admet qu’il s’agit d’une erreur de sa stagiaire, prescrit par oral le nouvel antibiotique, prescription qu’il confirmera dans la journée par fax. La patiente demande à la pharmacienne si elle aurait pu mourir avec la pénicilline et celle-ci lui répond qu’un choc allergique peut être fatal… Le lendemain, la patiente téléphone à son médecin traitant qui ne s’excuse pas vraiment de l’erreur commise par son interne et qui, au contraire, la minimise en précisant qu’il faut bien que "les jeunes se forment"
La patiente raconte ses mésaventures à sa fille qui, scandalisée par la désinvolture du médecin traitant va, au nom de sa mère, déposer plainte au Conseil départemental de l’Ordre des médecins. Comme aucune conciliation n’a été possible au niveau départemental, chacun restant sur sa position, la plainte a été transmise à la chambre disciplinaire de première instance, sans que le Conseil départemental ne s’y associe.
Lors de l’audience, la patiente - et surtout sa fille - reprochent au praticien poursuivi de ne pas lui avoir demandé son accord pour l’intervention de la stagiaire, d’avoir laissé cette dernière mener entièrement seule la consultation, de ne pas l’avoir alertée sur son allergie à la pénicilline, et de ne pas avoir contrôlé sa prescription. La chambre disciplinaire ne fait pourtant pas droit à la demande, par une décision motivée. Elle rappelle tout d’abord que l’exercice de la médecine est personnel et qu’un médecin ne peut être tenu responsable de la faute d’autrui, fût-ce d’un stagiaire. Elle s’appuie sur la règlementation du stage chez le praticien, faisant partie du cursus des internes en médecine générale, ce qui lui permet de valider cette consultation menée seule par la stagiaire, dans la dernière phase du stage (la phase active) qui ne nécessite pas un contrôle systématique par le maitre de stage. Enfin, sur l’information quant à l’allergie, la chambre disciplinaire précise que la stagiaire avait à sa disposition les dossiers des patients et qu’elle a d’ailleurs consulté celui de cette patiente (semble-t-il trop rapidement) puisqu’elle y a tracé la consultation et la prescription. Aucune sanction disciplinaire n’a ainsi été prononcée contre ce médecin généraliste, et la patiente, se sentant décidément bien incomprise, n’en a pas relevé appel.
Cette décision, si elle est conforme au droit, laisse un sentiment d’inachevé. Certes, le maitre de stage ne pouvait être considéré comme responsable de l’erreur commise par la stagiaire qui doit d’ailleurs, selon le décret du 16 mai 1997, s’assurer pour la réalisation de ce stage. De plus, toujours selon cette règlementation, ce stage obligatoire pour les futurs généralistes, qui court sur 4 mois minimum, comprend effectivement une phase finale dite "active" au cours de laquelle le stagiaire pourra accomplir seul des actes (moyenne de 3 actes par jour calculés sur l'ensemble du semestre de stage). Mais il convient quand même d’informer et d’accompagner les patients dans cette situation nouvelle de prise en charge par un stagiaire, alors qu’initialement c’était le maitre de stage qui était consulté. N’oublions pas l’intuitu personæ de l’exercice de la médecine, rappelé dans l’article R. 4127-69 du Code de la santé publique : "L'exercice de la médecine est personnel ; chaque médecin est responsable de ses décisions et de ses actes".

À FAIRE / À NE PAS FAIRE
Quelques précautions permettraient d’éviter ces malentendus :
- Indiquer à sa patientèle que l’on est maitre de stage, ce qui implique la présence d’étudiants dans le cabinet
- Préciser que ces étudiants sont susceptibles d’intervenir dans les soins ;
- En cas de consultation réalisée par le stagiaire seul, demander systématiquement l’accord du patient et permettre l’intervention du maitre de stage en cas de refus ;
- Discuter avec le stagiaire de toutes les consultations qu’il réalise seul afin de pouvoir corriger rapidement les éventuelles erreurs.
Univadis

mardi 3 mars 2015

"J’ai un autre rendez-vous après vous, je suis désolé mais je n’ai plus le temps pour vos questions"


HISTOIRE
Un médecin généraliste est, depuis de nombreuses années, le médecin traitant d’une patiente fragile sur le plan psychologique, ayant des difficultés dans sa vie affective et professionnelle, et atteinte d’hypochondrie. Elle a aujourd’hui 56 ans, et a pris rendez-vous, il y a trois jours, pour une asthénie qu’elle qualifie d’importante.
L’examen clinique de ce lundi matin est normal, même si la tension est un peu basse. Elle ne se sent plus capable d’aller à son travail, loin de son domicile, où, de plus, elle fait l’objet d’une "discrimination tout à fait inacceptable"… Elle dit attendre la retraite avec impatience. Elle est restée au lit tout ce week-end prolongé, et demande à la fois un arrêt de travail et de quoi "remonter la pente". Le médecin lui prescrit une semaine d’arrêt de travail et un traitement pour son asthénie.
Après avoir obtenu cette prescription, elle continue ses plaintes, et le praticien la reconduit gentiment mais fermement vers la porte de sa salle d’examen, la consultation ayant duré 20 minutes. Sur le pas de la porte, elle lui dit qu’elle a une dernière question à lui poser, ce à quoi il répond : "j’ai un autre rendez-vous après vous, je suis désolé mais je n’ai plus le temps pour vos questions". Il a effectivement un autre rendez-vous qui l’attend, mais il n’est pas particulièrement en retard… Cette patiente n’a donc pas pu lui dire que, depuis la veille, elle a mal au mollet, et se sent essoufflée quand elle monte ses escaliers. Elle met cela sur le compte de l’âge et est, de toute façon, satisfaite de la consultation puisqu’elle a obtenu son arrêt de travail et un traitement qui va la "remonter". C’est le contraire qui se produit : sa fatigue ne fait qu’augmenter - elle ne se lève presque plus -, sa douleur au mollet s'accroît, et elle est très essoufflée, même sans faire d’effort.
Une amie vient lui apporter des provisions ; elle est tout de suite alarmée par ses constatations qui lui rappellent l’état de sa mère avant qu’elle ne meure d’une embolie pulmonaire. Elle prend l’initiative d’appeler une association d’urgentistes qui envoie un médecin dans l’heure. Celui-ci décèle une réelle urgence et fait venir le SAMU pour un transfert aux urgences de l’hôpital. Avec le doppler et un scanner pulmonaire, le diagnostic de phlébite et d’embolie pulmonaire est confirmé, et le traitement anticoagulant rapidement instauré. L’insuffisance respiratoire a été très sévère, faisant redouter une issue fatale pendant quelques jours. Les suites ont été très longues, avec persistance d’une gêne respiratoire et d’une fatigabilité bien réelle. La patiente bénéficiera d’un mi-temps thérapeutique jusqu’à sa retraite.
Son amie l’a incitée à attaquer son médecin traitant, considérant qu’il a montré bien peu de conscience professionnelle dans sa dernière consultation et qu'il n'a, de plus, même pas pris de ses nouvelles pendant tout son séjour hospitalier, ni même sa convalescence.
C’est une procédure civile qui a été mise en œuvre sur les conseils d’un avocat, frère de cette amie. Une expertise a été ordonnée en référé, et un pneumologue a été nommé comme expert, ce qui est peut-être adéquat pour évaluer le dommage, mais pas nécessairement pour apprécier la qualité de la consultation de ce généraliste débordé… Le rapport a été bien sévère, reprochant une consultation "bâclée", et une erreur de diagnostic de "débutant". Enfin, il affirme que si la phlébite avait été envisagée dès le lundi matin, les suites auraient été très différentes, et il est probable qu’aucune séquelle n’aurait persisté. Le praticien poursuivi a été très choqué par la dureté de ces conclusions, en sachant qu’il avait déjà, lors des opérations d’expertise, regretté, devant la patiente, ce manque d’écoute et le retard de diagnostic qu’il avait ainsi provoqué. Sans surprise, le Tribunal a retenu la responsabilité du praticien. Toutefois, il a considéré qu’il ne pouvait pas être tenu responsable de la survenue de la phlébite et de l’embolie pulmonaire, mais simplement d’une perte de chance d’éviter les séquelles. Ainsi, le médecin - ou plutôt son assureur - a été condamné à réparer 60 % des préjudices subis par cette patiente, décision acceptée par toutes les parties.
Si cette décision ne surprend pas puisque, depuis 1936, la jurisprudence demande aux médecins de "délivrer des soins attentifs, consciencieux et conformes aux données acquises de la science", elle permet de mettre l’accent sur le temps de la consultation médicale, finalement peu abordé, et sur la gestion des patients "très habituels", consultant souvent et se plaignant beaucoup. L’article R. 4127-33 du Code de la santé publique, issu du Code de déontologie médicale, est particulièrement clair sur ce qui est attendu des praticiens : "Le médecin doit toujours élaborer son diagnostic avec le plus grand soin, en y consacrant le temps nécessaire, en s'aidant dans toute la mesure du possible des méthodes scientifiques les mieux adaptées et, s'il y a lieu, de concours appropriés". La notion de temps nécessaire signifie que la durée de la consultation varie en fonction du besoin, et que le médecin ne peut pas la réduire à un standard, au risque alors de ne pas assurer une bonne prise en charge des cas les plus complexes. Ceci paraît toutefois plus facile à dire qu'à faire, quand la salle d’attente est pleine et que les urgences s’invitent dans un planning déjà trop rempli… Il n’empêche que les déclarations ou questions sur le pas de la porte sont souvent les plus importantes et méritent que l’on s’y arrête, voire que l’on retourne s’asseoir pour en discuter, même si le patient suivant se prépare à entrer dans la salle de consultation !
À FAIRE / À NE PAS FAIRE
Quelques bonnes attitudes peuvent réduire le nombre des situations difficiles :
  • prévoir un rythme "aéré" des rendez-vous, afin de garder une certaine élasticité dans la gestion de la journée ;
  • garder un créneau pour les urgences, qui permettra de faire de la gestion s’il ne s’en présente pas ;
  • gérer le téléphone pour ne pas être interrompu pendant les consultations ;
  • demander au patient s’il n’a rien à ajouter à la fin de chaque consultation afin de limiter les questions du pas de la porte, tout en y restant attentif.
0518 UVD 14 F 3120 IN
Univadis

lundi 2 mars 2015

Trente minutes de sieste pour se remettre d’une mauvaise nuit

Une étude parue dans la dernière édition du Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism établit scientifiquement les bienfaits de la sieste.
Des chercheurs français et américains ont recruté onze hommes âgés de 25 à 32 ans pour le besoin de cette expérience menée en trois temps. La première nuit, les participants n'ont pu dormir que deux heures, sans sieste le lendemain. La nuit suivante, ils ont à nouveau eu droit à 2 heures de sommeil nocturne, mais avec une sieste de 30 minutes le jour suivant. Enfin, ils ont dormi pendant 8 heures d'affilée au cours de la dernière nuit. Ces séances de sommeil en laboratoire ont été complétées par la réalisation de tests salivaires et urinaires afin d'évaluer le niveau des hormones à différents moments de l'expérience.
Après la première séance, les taux de noradrénaline, une hormone impliquée dans la réponse au stress qui accroît le rythme cardiaque, la pression artérielle et la glycémie, étaient multipliés par deux et demi en moyenne. Les niveaux d'interleukin-6, une protéine aux propriétés antivirales, étaient également modifiés. Or, ces deux hormones indispensables à la bonne marche de l'organisme ont retrouvé des concentrations normales après une brève sieste.  
« Nos travaux suggèrent qu'une sieste de seulement 30 minutes peut inverser l'impact hormonal d'une mauvaise nuit », conclut Brice Faraut, chercheur à l'Université Paris Descartes-Sorbonne. 
Ces résultats plaident en faveur de la sieste, dont la pratique progresse actuellement au sein de l'entreprise.