mardi 14 avril 2015

Moins de pollution plus de poumons?

A quelques mois d'une Conférence sur le climat déjà très attendue, voici une étude qui devrait avoir sa place dans quelques dossiers. Il s'agit de données issues d'un suivi de cohortes réalisé en Californie. Le sud de la Californie a longtemps souffert d'un important niveau de pollution de l'air et la prise de conscience des dangers de cette pollution a, depuis de nombreuses années, conduit les autorités à mettre en place des mesures drastiquespour tenter d'améliorer la qualité de l'air. Ces mesures ont-elles un réel impact sur la santé des habitants? Certains, de moins en moins nombreux, il est vrai, en doutent. D'autres avancent l'hypothèse qu'il est déjà trop tard. Les résultats de l'étude, publiés dans le New England Journal of Medecine devraient redonner un peu d'optimisme à ces derniers et fournir des arguments pour contrer les premiers.
Plus de deux mille enfants testés
La Children's Health Study, a été mise en place en 1993 pour étudier les effets de l'exposition chronique à la pollution. Une première cohorte d'enfants de 11 ans a alors été constituée. Deux autres cohortes ont été recrutées plus tard, en 1995 et en 2002. Dans chacune de ces cohortes, la fonction respiratoire des enfants était mesurée annuellement (VEMS et CVF) pendant 5 ans pour évaluer le développement de la fonction respiratoire entre 11 ans et 15 ans et le lien éventuel entre ce développement et la pollution atmosphérique. Dans le même temps, des mesures de la qualité de l'air étaient réalisées, heure par heure ou quotidiennement dans les zones où vivaient les enfants : concentration en dioxide d'azote, ozone, particules < 2,5 μm (PM2,5), particules < 10 μm (PM10). Les données sont complètes pour plus de 2 000 enfants.
Un meilleur développement respiratoire entre 11 et 15 ans quand l'air est plus sain
Les mesures prises pour réduire la pollution ont été efficaces. En effet, entre la période de suivi de la première cohorte et celle de la 3ème cohorte, le niveau moyen des PM2,5 est passé de 31,5 μg/m3 à 17,8 μg/m3, soit une réduction de 43 % en un peu plus d'une dizaine d'années. Le taux moyen de dioxide d'azote est lui aussi réduit. Les changements des niveaux des PM10 et ceux de l'ozone sont en revanche plus modestes.
Ces efforts n'ont pas été inutiles, puisque l'amélioration de la qualité de l'air s'accompagne d'une amélioration du développement de la fonction respiratoire des enfants, entre 11 et 15 ans. C'est ainsi qu'au cours des 13 ans que dure au total ce suivi, l'augmentationdu VEMS et de la CVF entre 11 et 15 ans est associée à la baisse du niveau de dioxide d'azote, de celui des particules de moins de 2,5 μm et de celui des particules de moins de 10 μm. Les modifications des niveaux d'ozone de semblent pas avoir d'impact sur le développement de la fonction respiratoire. Ces changements bénéficient à tous les enfants, filles et garçons, asthmatiques ou non. Tout aussi convaincant, le fait qu'au fil du temps, la proportion d'enfants de chaque cohorte ayant un VEMS bas à 15 ans (< 80 % de la valeur attendue) diminue, passant de 7,9 % dans la première cohorte à 6,3 % dans la deuxième et 3,6 % dans la dernière cohorte.
Ces résultats à court terme sur la fonction respiratoire des enfants sont éloquents, d'autant qu'ils laissent présager un impact positif à long terme sur la santé de ces jeunes devenus adultes. L'on sait en effet qu'une détérioration de la fonction respiratoire dans l'enfance est un facteur de risque de décès prématuré et de pathologies myocardiques à l'âge adulte. Souhaitons que ces résultats contribuent à convaincre les plus réticents du bien fondé de mesures urgentes de réduction de la pollution de l'air.

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