dimanche 16 août 2015

Moustiques : vigilance sur les insectes... et sur l’information ?

Paris, le jeudi 25 juin 2015 - Depuis quelques années, la prolifération du moustique tigre dans nos contrées et notamment sur notre littoral est l'objet d'une attention soutenue des autorités sanitaires et des médias. Si l'inquiétude s'est émoussée cette année (en raison de l'absence d'épidémies de chikungunya ou de dengue dans les îles caribéennes françaises rendant moins probable une multiplication des cas dans l'hexagone), le moustique tigre continue cependant à régulièrement piquer la curiosité. La chaîne Arte diffusera ainsi demain un reportage lui étant consacré, tandis que le retour de l'été a incité plusieurs médias ces derniers jours à s'intéresser à la dissémination de ce moustique dans notre pays. Pour ce faire, beaucoup (dont le JIM) ont repris les informations proposées par le site vigilance-moustiques.com, que certains n'ont pas même hésité à qualifier de "site officiel". Le portail, agréable et dynamique, est en réalité une initiative privée, sponsorisée par une marque d'insecticide, comme nous l'avions déjà indiqué.
Une vieille piqûre
Cette intervention d'une entreprise privée dans la communication sur le moustique avait déjà été épinglée il y a deux ans par l'Agence régionale de Santé (ARS) d'Aquitaine. L'institution s'était tout d'abord offusquée que certains journaux aient établi un lien () entre le site et la Direction générale de la Santé (DGS). Surtout, elle avait critiqué l'absence de cohérence des informations publiées, « mélange de données officielles publiques et de données fantaisistes voire erronées ». Enfin, le ton alarmiste était reproché.
Rien du "partenaire officiel"
Deux ans plus tard, Vigilances Moustiques demeure, nous l'avons dit, comme une référence pour beaucoup. Mais si le coup de colère de l'ARS d'Aquitaine était peut-être demeuré inaperçu, le décryptage proposé hier sur France 2 piquera sans doute d'avantage les esprits. Une rapide enquête a en effet permis de rappeler que le portail n'a rien d'officiel (même si l'insecticide se présente comme le "partenaire officiel" de la lutte anti moustique !) et que les informations proposées ne sont pas toujours parfaitement pertinentes. Les données présentées datent ainsi par exemple de 2014, tandis que la carte affiche de nombreux départements en jaune, ce qui pourrait créer une inquiétude chez le visiteur, alors qu'il s'agit en réalité uniquement de désigner les localités où des pièges anti moustique ont été installés. La journaliste de France 2 a d'ailleurs pu obtenir de la DGS un mail rappelant la totale absence de caractère officiel de ce site et regrettant un mélange entre des données officielles et des informations « erronées à caractère ambigu ».
A quand un partenariat public/privé pour booster l'information sanitaire ?
Stéphane Robert, créateur du site, se défend en rappelant que le site a été conçu avec le soutien de scientifiques et que les informations relayées sont parfaitement objectives. Il souligne par ailleurs que ce site a pour objectif de sensibiliser la population au danger émergent que représente la diffusion du moustique tigre. Il y a deux ans, au moment de l'attaque de l'ARS d'Aquitaine, il remarquait également interrogé par Sud Ouest : « A partir du moment où vous n'êtes pas public, vous n'êtes pas crédible ». La défiance envers le caractère commercial du portail est certaine. Pourtant, on peut se demander si plutôt qu'une attitude systématique de rejet, les institutions publiques ne gagneraient pas plus à se rapprocher de ces sites, qui en dépit d'imprécisions et d'une possible tendance à la dramatisation, comptent cependant quelques atouts. Ainsi, une réflexion sur la popularité de ce site (par rapport à celui très confidentiel du ministère de la santé) ne serait peut-être pas totalement inutile !

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