dimanche 4 octobre 2015

Un coupe faim mortel traqué par Interpol



Un coupe faim mortel traqué par Interpol
Paris, le mardi 5 mai 2015 - Comme un grand nombre de jeunes femmes, Eloise Aimee Parry voulait perdre du poids. Et comme certaines d'entre elles, elle a utilisé internet pour se procurer des substances réputées sans égales pour éliminer les kilos sans effort. Des gélules jaunes, à l'odeur âcre lui ont été envoyées. La "notice" indiquait de ne surtout pas dépasser deux comprimés par jour, mais la jeune fille, pressée et insouciante en a avalé huit. Très rapidement victime de malaise et d'une brusque élévation de sa température, Eloise Aimee Parry, 21 ans est transportée à l'hôpital, dans le comté de Shropshire (Grande-Bretagne). Les analyses toxicologiques réalisées immédiatement après son admission laissent stupéfaits et impuissants les médecins : la jeune femme meurt, « brûlée de l'intérieur » selon l'expression de sa mère.
Laboratoires clandestins
La dangereuse substance que s'est procurée Eloise Aimee Parry est du 2,4-dinitrophénol (DNP), un isomère du dinitrophénol, qualifié de « poison du métabolisme cellulaire » par l'encyclopédie Wikipedia. Le décès d'Eloise Aimee Parry a conduit hier Interpol à lancer une alerte mondiale, concernant cette substance « illicite et potentiellement mortelle utilisée comme produit de régime et d'aide à la prise de muscle ». « Habituellement vendu sous forme de poudre jaune ou de capsules, le DNP se trouve également sous forme de crème. Si cette substance est déjà dangereuse en soi, les risques liés à son utilisation sont amplifiés par ses conditions de production illégales », indique Interpol, qui signale que plusieurs laboratoires clandestins sont à l'origine de la fabrication de cette substance et de sa diffusion via le web.
Un signalement en France
Si cette alerte, qui concerne 190 pays, dont la France, est le signe d'une mobilisation sans précédent, le DNP est loin de faire parler de lui pour la première fois. On estime qu'au cours des dernières années, le DNP a provoqué la mort d'une soixantaine de personnes dans le monde (soit des athlètes souhaitant gagner de la masse musculaire, soit des sujets présentant des troubles de l'alimentation), dont quatre en Grande-Bretagne et une en Allemagne. En France, le Centre anti poison et de toxicovigilance (CAPTV) de Bordeaux avait reçu en 2012 un signalement concernant un homme de 20 ans, ayant consulté pour des malaises accompagnés d'hypersudation et qui avait précisé s'être procuré du DNP sur la toile. La consommation de 52,5 mg de DNP en sept jours avait entraîné entre autres une insuffisance rénale fonctionnelle.
De l'armée française au gourou des stéroïdes
Cet effet détonnant du DNP n'est pas une surprise : à l'origine cette substance était utilisée comme explosif par les armées françaises pendant la première guerre mondiale. Dès cette époque, il était apparu que les ouvriers manipulant cette substance présentaient un amaigrissement, une sudation excessive et une élévation de leur température corporelle. Sur la base de ces observations, des chercheurs de l'Université de Stanford vont mener des investigations plus poussées sur le DNP. Ils constatent qu'il facilite considérablement la perte de poids : dès lors la substance va être utilisée dans un tel but aux Etats-Unis et jusqu'à 100 000 personnes en consommeront. Mais bientôt des accidents ( dont une épidémie de cataracte et quelques décès) mettent un terme à l'épopée du DNP interdit en 1938 et considérée comme une « substance extrêmement dangereuse ». Mais après la seconde guerre mondiale, le DNP va connaître un regain d'intérêt. D'abord, son mécanisme d'action est élucidé en 1948 par des biochimistes d'Harvard. Ils constatent que le DNP entraîne une inhibition de la phosphorylation oxydative de l'ATP , rendant la production d'énergie moins efficace. Au-delà de ces travaux fondamentaux, dans les années soixante, un chercheur d'origine russe découvre les effets du DNP, qui sera utilisé alors par l'état soviétique pour permettre aux soldats de résister au froid. Puis, Nicholas Bachynsky gagne les Etats-Unis où il va proposer le DNP à plusieurs cliniques situées dans le sud du pays. Bientôt, l'homme est rattrapé par la justice. Cependant, en prison, il fait la rencontre de celui surnommé aux Etats-Unis, le gourou des stéroïdes, Dan Duchaine. Très intéressé par l'histoire de Bachynsky, Dan Duchaine dès sa sortie de prison va faire l'apologie du DNP auprès des bodybuilders (à partir de la fin des années 90) ce qui entrainera la soixantaine de morts recensée aujourd'hui.
Une histoire édifiante qui doit pousser les pharmaciens à relayer l'alerte auprès de leurs patients dont ils savent qu'ils sont à la recherche de nouvelles méthodes pour perdre du poids ou gagner de la masse musculaire.

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