samedi 28 novembre 2015

Quand les professionnels de santé se penchent sur leur vulnérabilité

Quand les professionnels de santé se penchent sur leur vulnérabilité

Paris, le mardi 24 novembre 2015 - L'épuisement professionnel, plus souvent appelé « burn-out » est un phénomène qui est l'objet d'une médiatisation croissante ces dernières années. L'attention apportée au bien être en général et plus particulièrement au sein des entreprises et sur les lieux de travail explique cette évolution, tandis que certains enjeux sociétaux ont pu accroître le risque d'épuisement professionnel. Parallèlement aux enquêtes et aux réflexions menées sur ce sujet, une plus grande reconnaissance semble émerger : le dernier bilan publié par l'Assurance maladie concernant les maladies professionnelles, révélait ainsi que 315 personnes ont vu leur maladie psychique reconnue comme maladie professionnelle en 2014 contre 223 en 2013.
Sujets à risque
Chez les professionnels de santé, le risque d'épuisement professionnel est également l'objet d'une attention croissante, de la part des praticiens eux-mêmes et de nombreuses associations. La spécificité des métiers de la santé semble exposer plus que d'autres au risque d'épuisement professionnel, même si elle suppose tout en même temps certains éléments "protecteurs". La surcharge de travail et le poids des responsabilités représentent ainsi des contraintes susceptibles de favoriser le burn out. Par ailleurs, les professionnels de santé se caractérisent souvent par un certain idéalisme ou tout au moins par la volonté de répondre aux attentes et aux besoins des autres, qui constituent également des facteurs de risque. Longtemps, les praticiens ont cependant été exempts de nombreux éléments associés à l'épuisement professionnel, tels le manque de reconnaissance, mais aujourd'hui cette solidité tend à s'effriter à la faveur de réglementations de plus en plus contraignantes et d'une manière générale d'un climat "politique" qui manque de sérénité. Confortant ce tableau, de nombreuses enquêtes ont ces dernières années confirmé l'existence d'un risque élevé de burn out chez les professionnels de santé, même si le caractère déclaratif de ces études n'offre peut être pas toujours une représentation parfaite de la réalité et si elles ne permettent pas toujours de mesurer la progression du phénomène. On signalera par ailleurs que ces études ne concernent pas dans la même proportion l'ensemble des disciplines : nombreuses chez les médecins et les infirmiers, elles sont plus rares chez les pharmaciens.
Un ministère non associé à un colloque sur la vulnérabilité des professionnels de santé
Aujourd'hui, certains considèrent que face au risque avéré, une réponse mieux coordonnée est nécessaire. Ainsi, la jeune association Soins aux professionnels de santé met en place un dispositif solide pour répondre à la problématique de l'épuisement professionnel des soignants. Elle participe ainsi à la mise en place d'un numéro d'appel national, à la création d'une plateforme « pour accompagner et organiser le suivi des professionnels de santé vulnérables », à la constitution de services destinés à libérer les professionnels d'une partie de leur charge de travail administrative et enfin à l'ouverture de « structures dédiées (…) avec dans un premier temps quatre centres de trente lits chacun ». Ces différentes actions seront sans doute évoquées lors du colloque baptisé Soigner les professionnels de santé vulnérables, organisé par SPS et le Centre national des professions de santé (CNPS) le 3 décembre prochain sous le haut patronage de l'Académie nationale de médecine (tandis que le ministère de la Santé paraît aux abonnés absents).
Une prise en charge dédiée ou non ?
Cette réunion sera l'occasion de présenter les résultats d'une enquête en cours, lancée par le CNPS. Le questionnaire accessible à l'adresse http://www.exafield.com/enquetes/survey_VULNERABILITE_DES_PROFESSIONNELS_DE_SANTE_1015_3690/Ethnos.dll a pour objectif de mieux connaître « la perception par les professionnels de santé de leur vulnérabilité », explique dans un texte introductif le professeur Didier Sicard, président du colloque. L'enquête permettra également de déterminer quel type de prise en charge est recherché par les praticiens : souhaitent-ils être admis dans des structures réservées aux professionnels de santé ou non ?

samedi 21 novembre 2015

Attentats: forte hausse des consultations pour stress



Attentats: forte hausse des consultations pour stress
"112 passages aux urgences pour stress ont été observés au cours de la seule journée de samedi, contre une quinzaine la veille en Ile-de-France", rapporte le Dr Thierry Cardoso de l'Institut de veille sanitaire (InVS). 30 passages aux urgences ont été dénombrés dimanche, 70 lundi et 28 mardi, relève Le Généraliste. Cette augmentation concerne toute la France, avec 324 passages du 14 au 16 novembre, dont 212 en Ile-de-France, contre 40 en moyenne par jour à cette période de l'année, selon le réseau OSCOUR (Organisation de la surveillance coordonnée des urgences). Egora.fr interviewe le Pr François Lebigot, médecin général au Val-de-Grâce (Paris) et ancien chef du service psychiatrie de l'hôpital d'instruction des armées Percy de Clamart (Hauts-de-Seine), sur les risques psychiques des professionnels de santé ayant secouru les victimes des attentats. "Il reste 195 personnes hospitalisées" dont "41 toujours en réanimation et trois qui ont toujours leur pronostic vital engagé", a indiqué Marisol Touraine mercredi. La ministre va attribuer à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) une enveloppe de 3 millions d'€, "notamment destinée à financer des mesures exceptionnelles de gratification des personnels ayant participé à la prise en charge des victimes", annonce Le Parisien.

mercredi 18 novembre 2015

Attentats: plan blanc dans les hôpitaux et suspension de la grève des libéraux



Attentats: plan blanc dans les hôpitaux et suspension de la grève des libéraux
Au-delà de l'effroi et de la sidération, l'ensemble de la profession médicale, et notamment l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris ( AP-HP), s'est mobilisé avec une efficacité exemplaire pour prendre en charge plus de 350 blessés, après le carnage des attentats de Paris qui ont fait au moins 129 morts. Dans ce type de situation, la règle est claire: ne pas attendre, décider tout de suite devant chaque blessé, éviter les examens inutiles, voir ceux sur lesquels il faut intervenir au plus vite, explique Libération. Mais les agents hospitaliers ne sont pas habitués à voir ces blessures de guerre. "Des blessés par balle, on en voit au Samu, mais pas ça. Ce qu'on a vu, c'est 14-18", raconte aux Echos Christophe Prudhomme, le porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf). Il est arrivé après l'explosion du premier kamikaze au Stade de France, dans une pluie de boulons. "Les victimes étaient tachetées de bouts de métal, comme après des tirs de shrapnell", raconte-t-il. Les syndicats de médecins libéraux ont stoppé leur mouvement de grève contre la loi santé, poursuit Le Quotidien du Médecin. Dès vendredi soir, l'Union des chirurgiens de France (UCDF) a demandé aux soignants de la région parisienne de se rendre disponibles dans les établissements. De nombreux praticiens ont été prévenus par SMS. Le Syndicat national des anesthésistes réanimateurs de France (SNARF) a lancé le même appel auprès de ses membres. L'Etablissement français du sang ( EFS) a salué de son côté "l'engagement et la solidarité" des donneurs et appelle à poursuivre la mobilisation. "Le niveau satisfaisant des réserves en produits sanguins a permis de faire face à la situation exceptionnelle de cette nuit. Il n'y a pas aujourd'hui de besoins urgents, mais il est important d'anticiper".

lundi 16 novembre 2015

Des méthodes alternatives aident grandement à soulager les douleurs chroniques au cou

Des méthodes alternatives aident grandement à soulager les douleurs chroniques au cou

Une enquête britannique à grande échelle, publiée dans la revue "Annals of Internal Medicine", a révélé qu’il est possible de soulager significativement les douleurs chroniques au cou en faisant appel à des méthodes alternatives comme la technique Alexander ou l’acupuncture. L’étude menée à l’Université de York a porté sur 517 patients qui avaient été répartis en 3 groupes par tirage au sort. Tous les groupes ont reçu les soins habituels (médicaments ainsi que physiothérapie et autres soins spécialisés). Un groupe avait en outre la possibilité de prendre jusqu’à 20 leçons d’une demi-heure avec des enseignants de la Société des professeurs de la technique Alexander, en plus des soins habituels ; un groupe a effectué jusqu’à 12 séances de 50 minutes d’acupuncture, d’après la théorie de la médecine chinoise traditionnelle, avec des praticiens du Conseil d’acupuncture britannique, en plus des soins habituels. Faisant office de groupe témoin, le troisième groupe a reçu seulement les soins habituels. Un soulagement de la douleur de 25 % était considéré comme une réduction cliniquement significative. D’après les résultats, à 12 mois, la douleur était réduite de 32 % chez ceux qui avaient effectué des séances d’acupuncture et de 31 % chez ceux qui avaient pris des leçons de technique Alexander. Si l’on compare les leçons de technique Alexander ou l’acupuncture avec les soins habituels seuls, ces réductions étaient jugées significatives sur le plan statistique. En outre, il s’est avéré que les patients de ces deux groupes étaient mieux en mesure de faire face à leur niveau de douleur, ou de le réduire, sans avoir recours aux médicaments. "Notre principale constatation est que la technique Alexander et l’acupuncture sont associées à des réductions significatives des douleurs au cou à 12 mois," déclare l’auteur de l’étude, Hugh MacPherson. Des recherches antérieures avaient montré que les interventions simples ne présentent en général pas d’avantages à long terme, notent les auteurs.

jeudi 12 novembre 2015

Après le suicide de la star,…l’effet Werther



Après le suicide de la star,…l’effet Werther
 « Werther a causé plus de suicides que la plus belle femme du monde » (Germaine de Staël)
La notion de « suicide romantique »[1] remonte à la fin du XVIIIème siècle, après le suicide du jeune poète anglais Thomas Chatterton (1752-1770) dont le destin tragique inspira Goethe pour son roman amorçant le romantisme Die Leiden des jungen Werthers (Les Souffrances du jeune Werther), l'un des premiers "best-sellers" de la littérature moderne.
La glorification posthume de tels "génies maudits" (Chatterton, Vincent Van Gogh, Ernst Ludwig Kirchner...) par des écrivains ou des journalistes a contribué à amplifier insidieusement, auprès d'un public parfois fragile, le mythe de l'individu "triomphant de la mort pour obtenir l'immortalité dans l'au-delà." Au point que cette confrontation à la notoriété sulfureuse du modèle auréolé post-mortem d'une "couronne du martyr" peut susciter des comportements en miroir, donc des suicides chez des admirateurs vulnérables.
En référence à l'ouvrage de Goethe, le sociologue américain David Phillips a proposé en 1974 l'expression "effet Werther" pour évoquer cette émulation mortelle où les épigones d'un héros de roman ou d'une personne célèbre ayant vraiment existé (comme ces rockstars sombrant dans les excès en tout genre avant 30 ans) se suicident dans son sillage, cette augmentation du nombre de suicides étant fonction de l'importance de la couverture médiatique du suicide "déclencheur."
Appel à la déontologie journalistique
Ce phénomène sociologique est observé dans toutes les cultures et quel que soit le modus operandi utilisé, par imitation du premier suicide : gaz asphyxiant, saut dans le vide, pendaison, écrasement par un train... Après le suicide retentissant en 2009 du célèbre gardien de but de la Mannschaft (l'équipe d'Allemagne de football), Robert Enke[2], une étude conduite dans cinq pays d'Europe (Allemagne, Autriche, Hongrie, Pays-Bas et Slovénie) s'intéresse à "l'impact international" possible d'un tel événement sur la multiplication des suicides dans le public, par un mimétisme lié à la popularité de la première victime.
Les auteurs rappellent que la "sensibilité" et l'intensité du retentissement médiatique accordé à ce fait divers tragique ont une incidence décisive sur l'émergence d'un comportement mimétique (en "copycat"[3]) dans la population. Cet effet Werther est d'autant plus modéré que le traitement de l'information par les médias demeure plus sobre et contenu dans des proportions décentes. D'autre part, l'identification à la victime (âge, sexe...) joue un rôle décisif dans le déclenchement d'un copycat : ainsi, le suicide d'Enke a suscité moins d'émules en Autriche qu'en Allemagne car ce footballeur n'y avait pas, contrairement à son propre pays, l'image d'un "héros national" auquel chacun voudrait ressembler.
Malgré certaines limitations (petit nombre de pays concernés, données incomplètes, incertitudes sur la connaissance réelle du retentissement médiatique à travers sa seule analyse dans le moteur de recherches Google), cette étude confirme que le suicide très médiatisé d'Enke a été "suivi par une augmentation significative des suicides en Europe", à court terme (+93,9 % ; p = 0,004) et à plus long terme (+16,7 % ; p = 0,003), commis selon la même modalité (en se jetant sur les rails à l'approche d'un train). Elle souligne le besoin d'approfondir les recherches sur l'effet Werther et la nécessité de renforcer les précautions déontologiques dans l'évocation médiatique du suicide d'une célébrité.
Cet objectif est d'autant plus important que le journalisme classique (presse écrite et audiovisuelle) est désormais en concurrence avec Internet où la retenue et les précautions déontologiques sont rarement prioritaires (des exceptions existent...) et où les frontières de la célébrité nationale (pouvant contenir l'identification communautaire propice au copycat) disparaissent sous les coups de boutoir de la mondialisation de l'information.
[1] Alexandra Pitman: Romantic suicide. Br Journal of Psychiatry 2015 (207): 122.
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Enke
[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Copycat