samedi 2 janvier 2016

Les bons chiffres de pression artérielle après 80 ans

Le niveau optimal de la pression artérielle (PA) chez le sujet âgé ou a fortiori très âgé n'est toujours pas fixé avec la précision que le clinicien est en droit d'attendre pour gérer au mieux un problème extrêmement fréquent en pratique médicale courante. Certes, il convient de contrôler l'HTA systolique et les recommandations des sociétés savantes concordent sur ce point. Il est conseillé, notamment chez l'octogénaire, de maintenir la PA systolique entre 140 et 160 mm Hg sans toutefois induire d'hypotension artérielle systolique.
La PA diastolique ne doit pas descendre au-dessous du seuil de 80 mm Hg, au risque d'avoir un impact négatif sur la morbi-mortalité cardiovasculaire qui semble bien dessiner une courbe en J.
Une étude de cohorte prospective permet de vérifier le bien-fondé de ces recommandations au sein d'une population de 375 octogénaires (dont 60,3 % de femmes, âge moyen, 83,0 ans) constituée à partir d'une base de données internationales. L'objectif était, non seulement, d'établir une relation entre la PA mesurée au domicile et le pronostic cardiovasculaire, mais aussi, à partir de celle-ci, de définir des seuils tensionnels visant à optimiser la prise en charge d'une éventuelle HTA ou à respecter l'équilibre établi.
Au cours d'un suivi d'une durée médiane de 5,5 années, 155 décès ont été enregistrés, dont 76 d'origine cardiovasculaire. Divers évènements non létaux d'origine variée ont concerné d'autres participants : cardiovasculaire (n = 104), cardiaque (n = 55), coronarien (n = 36) ou encore cérébrovasculaire (n = 51). Les données ont été traitées au moyen d'une analyse multivariée avec ajustement, dans le but d'évaluer le risque de morbi-mortalité cardiovasculaire en fonction du niveau de la PA systolique ou diastolique.
La diastolique ne doit pas être en dessous de 65,1 et la systolique pas au dessus de 152,4 en l'absence de traitement
Chez 202 sujets qui ne recevaient aucun traitement antihypertenseur, une PA diastolique située dans le quintile inférieur de la distribution correspondante (≤ 65,1 mm Hg) a été associée à un risque élevé de morbi-mortalité cardiovasculaire, le hazard ratio (HR) correspondant étant en effet ≥ 1,96 ; p ≤ 0,022). Dans le quintile supérieur (≥ 82,0 mm Hg), c'est l'inverse qui a été observé, le HR étant en effet de 0,37 (p = 0,034). Chez 173 autres participants traités pour HTA, une PA systolique située dans le quintile inférieur (< 126,9 mm Hg) de la distribution a été associée à un HR de 2,09 (p = 0,020).
D'autres analyses ont été réalisées en traitant la PA comme une variable continue exprimée en déviations-standards. Elles ont également fait apparaître qu'une PA diastolique plus élevée, jusqu'à un certain point, était associée à une baisse de la morbi-mortalité, mais aussi du risque coronarien et cardiaque, le HR correspondant étant ≤ 0,65; (p ≤ 0,039) tout au moins chez les sujets non traités pour HTA. En revanche, chez les participants traités, la relation entre morbidité cardiovasculaire et PA systolique s'est révélée être curvilinéaire, avec un nadir à 148,6 mm Hg (p = 0,046) et un HR de 1,45 (p = 0,046) pour chaque baisse d'une déviation-standard au-dessous de ce seuil.
Ainsi, chez l'octogénaire non traité pour HTA, une PA systolique ≥ 152,4 et une PA diastolique ≤ 65,1 mm Hg sont associées à une augmentation du risque cardiovasculaire, alors qu'une PA diastolique ≥ 82 mm Hg minimise ce dernier. En cas d'HTA traitée, une PA systolique < 126,9 mm Hg semble être associée à une augmentation de la mortalité globale, avec un risque minimal au seuil de 148,6 mm Hg. Il faut rappeler que ces résultats sont obtenus pour des valeurs de la PA mesurées au domicile de l'octogénaire, une situation qui ne saurait être plus proche de la réalité quotidienne.

Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire