vendredi 5 février 2016

Zika, une nouvelle menace

Zika, une nouvelle menace

Anthony S. Fauci est un monument de la médecine. Agé de 75 ans et toujours à la tête du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) des Etats-Unis, il a signé plus de 1 000 publications scientifiques sur les sujets les plus divers, allant des vascularites au début de sa carrière aux maladies auto-immunes et bien sûr au sida depuis l'émergence de la maladie.
Aussi, cliniciens et chercheurs redoublent d'attention lorsqu'il prend la plume pour faire le point sur une affection émergente, comme c'est le cas aujourd'hui avec un article du New England Journal of Medicine sur la pandémie d'allure explosive d'infections à virus Zika.
Un obscur arbovirus
Comme beaucoup de virus, Zika tire son nom du lieu où il a été isolé pour la première fois en 1947 (chez un singe macaque rhésus), la forêt Zika en Ouganda. Quelques années plus tard ce Flavivirus était mis en évidence chez un moustique Aedes africanus et sa transmission par des arthropodes d'un homme malade à un homme sain était démontrée.
Jusqu'à très récemment, le virus Zika n'était, comme le souligne A Fauci, qu'un obscur arbovirus transmis surtout par des moustiques et des tiques dans une zone équatoriale étroite d'Afrique et d'Asie. Il y était responsable d'infections le plus souvent inapparentes (80 % des cas semble-t-il) ou autolimitées se résumant à une fièvre, une asthénie, des douleurs musculaires et oculaires et parfois un rash maculo-papuleux. Aucun cas grave, en particulier de formes hémorragiques comme dans la fièvre jaune ou même la dengue, et a fortiori de décès n'avait été rapporté jusqu'ici.
Une expansion géographique fulgurante
Or la situation a sensiblement évolué depuis quelques mois.
D'une part sa répartition géographique s'est considérablement étendue puisque le virus est sorti des régions d'Afrique ou d'Asie dans lesquelles il était jusqu'ici confiné pour atteindre la Polynésie en 2013 puis 22 pays d'Amérique du Sud, d'Amérique centrale et des caraïbes il y a quelques mois. Dans ces régions, l'épidémie a pris selon les termes mêmes de l'OMS un caractère explosif, puisque le premier cas brésilien remonte à mai 2015 et que plusieurs millions de personnes auraient été infectées depuis. A la Martinique on dénombrerait, fin janvier 2016, 2 287 cas cumulés selon l'INVS (ceci ne représentant majoritairement que des formes symptomatiques).
Pour A Fauci, cette flambée épidémique s'explique, comme l'évolution précédente de deux autres arbovirose, que sont la dengue et le chikungunya, par les conditions climatiques et socio-démographiques favorables à la pullulation des Aedes (concentration urbaine dans de mauvaises conditions d'hygiène), à l'accroissement exponentiel des voyages internationaux et peut-être à une meilleure adaptation de ces moustiques à l'espèce humaine.
De nouvelles complications
La deuxième évolution à laquelle on assiste depuis quelques mois est plus inquiétante encore. De nouvelles manifestations pouvant être liées à l'infection par le virus Zika ont en effet été décrites. Il en est ainsi de syndromes de Guillain Barré dont 73 cas ont été rapportés en Polynésie Française au cours de l'épidémie de 2013.
Surtout, une multiplication des cas de microcéphalies par 20 aurait été constatée au Brésil ces derniers mois. Cette épidémie de microcéphalies dont l'ampleur est toujours imprécise (on parle de plusieurs milliers de cas au Brésil) n'a pas été encore associée avec certitude à des infections à virus Zika lors du début de la grossesse, mais de nombreux éléments plaident en faveur d'une complication de l'infection. A coté d'arguments épidémiologiques toujours difficiles à valider dans l'urgence, du génome viral a été retrouvé dans le liquide amniotique de deux femmes portant des fœtus microcéphales au Brésil.
Les recherches sont cependant en cours, comme le souligne Fauci, pour éliminer un autre agent infectieux ou une étiologie environnementale dans l'attente d'études cas-témoins de bonne qualité et de travaux expérimentaux sur des modèles animaux.
Quoi qu'il en soit, des précautions drastiques vis à vis des piqûres de moustiques sont recommandées aux femmes enceintes vivant dans les zones infestées ainsi qu'une surveillance échographique renforcée des grossesses. En France, le ministère de la santé a recommandé, il y a quelques jours, aux femmes enceintes de s'abstenir de tout voyage en zone épidémique.
Les causes de cette augmentation apparente de la gravité de l'infection à virus Zika sont encore totalement indéterminées. S'agit-il d'une évolution du virus ou de la mise en évidence de complications qui étaient jusque là passées inaperçues dans des régions sous médicalisées ?
Des insecticides mais aussi de la recherche vaccinale et thérapeutique
Pour faire face à l'épidémie, A Fauci insiste bien sûr, comme l'OMS ou les autorités sanitaires des pays concernés, sur la lutte anti moustique. Celle-ci passe, sans que la liste soit exhaustive, par la destruction des gites de moustiques (notamment par la chasse aux récipients contenant de l'eau stagnante), l'utilisation large d'insecticides, la prévention des piqûres par des répulsifs, des conseils vestimentaires, des moustiquaires et l'air conditionné. Mais comme le souligne Fauci, ces mesures relativement simples à mettre en œuvre dans des pays riches ne sont pas toujours à la portée des populations les plus à risque.
Au delà de cette guerre contre les moustiques, Fauci en appelle à un programme coordonné sur plusieurs fronts comportant :
- la mise en place de plateformes de développement de vaccins contre tous les arbovirus pouvant être orientées rapidement vers les virus les plus menaçants;
- le financement de recherche d'anti-viraux à large spectre;
- l'étude des conditions, climatiques, écologiques et démographiques qui favorisent de plus en plus l'émergence et/ou la gravité de nouvelles pandémies.

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