lundi 11 avril 2016

Exclusif : le trafic de faux médicaments, une inquiétude encore limitée mais croissante pour les professionnels de santé

Exclusif : le trafic de faux médicaments, une inquiétude encore limitée mais croissante pour les professionnels de santé

Paris, le lundi 4 avril 2016 - Chaque année, l'opération Pangea conduite depuis huit ans par In
terpol met en évidence combien le trafic de faux médicaments ne s'essouffle pas et comment en dépit de la multiplication de ce type d'initiatives spectaculaires, le fléau demeure. Ce dernier tuerait jusqu'à 800 000 personnes par an, en grande majorité dans les pays en voie de développement.
Certains avaient craint que la possibilité ouverte aux pharmacies françaises de vendre les médicaments disponibles sans ordonnance via des portails labellisés ouvrirait une brèche et favoriserait les achats par les Français de produits sur le web. Et, on le sait, internet est un terreau privilégié pour la commercialisation de médicaments contrefaits. Il semble cependant que les gardes fous aient fonctionné et que la solidité du système français n'ait pas encore été ébranlée. La qualité du circuit de distribution, le système de prise en charge dont les Français bénéficient et le solide maillage pharmaceutique tiennent en effet encore notre pays partiellement à l'écart du trafic du faux médicament.
Un sondage réalisé sur notre site du 16 mars au 2 avril confirme d'ailleurs que la circulation de produits contrefaits n'est pas considérée par la majorité des professionnels de santé comme une préoccupation dans leur pratique quotidienne (position exprimée par 36 % des 283 professionnels ayant répondu à notre enquête). Ce résultat pourrait par ailleurs ne pas être un parfait reflet du sentiment des praticiens exerçant en France, puisque notre lectorat est environ à 20 % composé de professionnels exerçant hors de l'hexagone, là où le problème est davantage prégnant.
La place d'Internet
Néanmoins, signe que le phénomène n'est pas ignoré ou considéré comme sans effet, on compte 35 % des professionnels de santé signalant qu'il s'agit d'une préoccupation croissante, si 23 % qui la juge "mineure". Ces résultats traduisent sans doute le fait que pour certains domaines thérapeutiques particuliers, l'achat de médicaments sur internet n'est pas rare (troubles de la fonction érectile notamment, dopage sportif). Par ailleurs, la recherche de "médecines alternatives" peut pousser un nombre croissant de patients à acheter sur le web des compléments alimentaires et autres vitamines, renforçant le risque d'être exposés à des produits contrefaits. D'autre part, les professionnels de santé ont conscience que les gardes fous mis en place en France ne sont pas inviolables et que l'Europe est loin d'être épargnée par ce phénomène : « près de la moitié des médicaments [qui y sont] vendus sur Internet en dehors des sites légaux seraient des faux », rappellent les Académies de médecine, pharmacie et vétérinaire et les trois Ordres de ces professions.
Une mobilisation internationale médiocre
Rappeler l'importance de ce risque et le "scandale" que représente l'absence de moyens adaptés à la lutte contre ce fléau sera l'objet d'un manifeste qui doit être dévoilé demain par les trois Académies et les trois Ordres. Dans une tribune publiée par le JIM au mois de décembre, le professeur Marc Gentilini qui présidera une table ronde organisée demain à l'Académie de médecine sur ce sujet dénonçait déjà la « médiocrité » de la mobilisation internationale face à ce « crime ». Il jugeait notamment que « la mobilisation des instituts dépendant de l'ONU est scandaleusement insuffisante ». Alors que les trois Académies et Ordres devraient appeler à une rapide ratification par la France de la convention Médicrime du Conseil de l'Europe, Marc Gentilini considérait déjà qu'elle était une « initiative à soutenir courageusement ». Il jugeait néanmoins qu'une « convention internationale émanant de l'ONU » paraissait « indispensable ».
Question de confiance
Dans son texte, outre les nombreuses victimes du fléau, Marc Gentilini revenait sur l'impact du trafic de faux médicaments sur la perception des produits de santé. Alors que la confiance dans les produits de santé, partout dans le monde et notamment en Europe, s'est largement érodée ces dernières années, à la faveur de plusieurs "scandales", la circulation de faux médicaments participe à cette dépréciation dommageable et dangereuse. Voilà un argument qui devrait contribuer à faire de ce fléau une préoccupation plus importante dans le quotidien des professionnels de santé.

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